Les Jardins de La Borie

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L’oratoire

Les jardins de La Borie, d’un nouveau type, révèlent un travail en profondeur sur les propriétés de la lumière et du son. Considérés en tant qu’entités, lumières et sons suggèrent par eux-mêmes des relations naturelles qu’il s’agit ici de mettre en scène. Ainsi, la lumière n’est pas un élément de faire valoir dans la mise en scène, il en est l’objet. Les artistes sculptent ces matières sensorielles en créant des correspondances et des analogies qui se complètent et créent un nouvel espace dont l’alliance du son et de la lumière est le guide.

L’appellation de sculpteur lumière prend tout son sens dans le travail de Patrick Rimoux qui ici la plie à son envie de mise en scène, la pétrit et la fait varier au gré des sons.

L’oratoire, ancienne chapelle du château, constitue le nerf principal, la corde sensible de l’équilibre entre le son et la lumière des jardins. Patrick Rimoux et Louis Dandrel travaillent  autour d’un nombre d’or, résultat d’une parfaite adéquation de la lumière avec le son, qui suffit à créer l’atmosphère de recueillement du lieu. De la même façon que l’ordre des Cisterciens donnait à ces deux éléments la seule et entière force de suggestion sur le fidèle des valeurs telles que la foi et la perfection divine, la construction simple de la chapelle laisse à la lumière et au son l’entière responsabilité d’habiller l’espace.

Dans ce lieu, Patrick Rimoux a étudié les propriétés de la lumière du jour pour créer en amont des jeux sur la matière de porcelaine, richesse de l’artisanat du Limousin dont sont constitués les vitraux et le dôme, pour influer sur les rayonnements lumineux et les moduler.

Le toit de la chapelle, disparu il y a bien longtemps, est remplacé par un dôme en polycarbone chargé de poudre de kaolin (argile pur utilisé comme collant sur la porcelaine) qui, réceptacle de la lumière naturelle, diffuse dans l’oratoire une lumière ouatée dont la présence est presque palpable. Les sons qui résonnent aléatoirement viennent donner un corps et une voix à cette lumière diffuse.

Les vitraux sont également constitués de porcelaine fine sur laquelle la poudre de kaolin dessine des formes qui font écho à la pierre du bâtiment et crée des ombres portées à l’intérieur de l’oratoire. Le travail sur la matière du kaolin, en faisant varier son épaisseur, permet de créer un filtre qui commande la diffusion de la lumière et donne aux rayons lumineux une texture poudrée.

L’oratoire, éclairé par une lumière sculptée à laquelle on a donné une voix, prend ainsi sa signification intemporelle en créant un lieu où règne une spiritualité évanescente et apaisante.

Patrick Rimoux